Comment se passe vraiment une enquête interne
« Il va y avoir une enquête. » La phrase inquiète, quel que soit votre rôle — que vous ayez signalé, que vous soyez témoin, ou que vous soyez mis·e en cause. Voici, sans dramatiser, comment cela se déroule le plus souvent, et ce à quoi vous avez droit.
Pourquoi une enquête a lieu
En France, l'employeur a une obligation de prévention du harcèlement moral (article L1152-4) et, plus largement, une obligation de sécurité. Quand un signalement lui parvient, ne rien faire l'expose lui-même. L'enquête interne est le moyen normal de vérifier les faits. Elle peut être menée par les RH, par un binôme avec un élu du CSE, ou confiée à un intervenant extérieur.
Ce qui fait une enquête loyale
Aucune procédure unique n'est imposée par la loi, mais la jurisprudence attend une enquête sérieuse, impartiale et contradictoire. Concrètement, une bonne enquête :
- entend la personne qui a signalé, la personne mise en cause, et les témoins utiles ;
- s'appuie sur des faits datés et des pièces, pas sur des impressions ;
- ne fait pas mener l'enquête par la personne visée par les accusations ;
- protège autant que possible la confidentialité et ne fait pas fuiter les auditions ;
- débouche sur des conclusions écrites et des mesures cohérentes.
Une enquête bâclée ou orientée n'est pas qu'injuste : elle fragilise l'employeur si l'affaire va plus loin.
Vos droits et vos protections
- Si vous avez signalé ou témoigné : vous êtes protégé·e. Aucune sanction, aucun licenciement, aucune mesure discriminatoire ne peut vous frapper pour avoir subi, refusé de subir, relaté ou témoigné de faits de harcèlement (article L1152-2). Une telle mesure est nulle (L1152-3).
- Si vous êtes entendu·e : vous pouvez demander que vos propos soient consignés fidèlement et en garder trace. Tenez-vous-en aux faits, aux dates, à ce que vous avez vu ou entendu directement.
- Si vous êtes mis·e en cause : vous avez le droit de connaître ce qui vous est précisément reproché et d'y répondre. Une enquête n'est pas un jugement ; ne vous laissez pas pousser à un aveu pour « clore vite ».
Comment vous protéger pendant
Continuez à tenir votre journal, avec la même rigueur factuelle, y compris sur le déroulé de l'enquête. Gardez copie de ce que vous transmettez. Si vous en avez besoin, appuyez-vous sur la médecine du travail (elle peut documenter l'impact sur votre santé), sur votre syndicat, ou sur l'inspection du travail (DREETS), qui peut être saisie. Et prenez soin de vous : ces semaines sont lourdes, l'endurance compte autant que le dossier.
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